Produire des visuels produits avec l'IA générative : comment Brainsonic est passé de 6 heures à 30 minutes par visuel pour Le Manège à Bijoux (Leclerc)
Les chiffres clés à retenir
- 6 heures → 30 minutes par visuel produit, en moins d'un an
- 90 % du rendu piloté par l'IA, 10 % de retouche humaine (contre 40/60 en avril)
- De 1 à 3 visuels par jour dès les premiers gains de mars
- 100 % des projets de l'agence intègrent aujourd'hui de l'IA à une étape du process
- 1re bijouterie de France en volume de ventes : Le Manège à Bijoux, l'enseigne bijouterie de Leclerc
- 0 € d'investissement média pour une campagne IA signée Brandsonic devenue virale jusqu'aux États-Unis
Le contexte : la fin du catalogue, la montée d'Instagram
Le Manège à Bijoux est né d'une ambition de démocratisation de la bijouterie, dans la lignée du modèle Leclerc. Sa communication reposait historiquement sur le catalogue papier et des shootings très traditionnels.
L'explosion des coûts du papier depuis le Covid a précipité l'arrêt de ce format. Les réseaux sociaux sont devenus le nouveau support de communication des assets. Or le compte Instagram de l'époque restait basique : packshots sur fond blanc, aplats de couleur. Trois questions se posaient donc : comment professionnaliser les publications, comment augmenter les cadences de production, et comment injecter davantage de direction artistique ?
Le défi : le bijou, l'un des produits les plus durs à générer en IA
C'est ici que la promesse de l'IA se heurte au réel. Faire « des choses simples » avec l'IA est facile ; dès qu'on entre dans les contraintes métier de la vraie vie, la magie s'estompe.
Le bijou concentre la difficulté : il est petit et précis. On obtient facilement un visuel qui, vu de loin, ressemble au produit. Mais dans le détail, le modèle a mis trois diamants au lieu de deux, ou un autre type de maillage. Pour un catalogue produit, c'est rédhibitoire. Atteindre la fidélité produit a donc exigé un important travail de R&D.
La courbe d'apprentissage, mois par mois : de 6 heures à 30 minutes par visuel
Le process, lui, reste classique : brief tendance du client, réception des bijoux, moodboards, production d'une V1, retours, retouches, mise à l'échelle. Ce qui a changé en un an, c'est le temps et le taux d'automatisation de chaque étape.
Janvier : la phase exploratoire (≈ 6 h par visuel)
Multiplication des outils, équipes créa qui tâtonnent, rendus « à peu près OK ». Résultat : aucun gain de temps voire plus de temps que la méthode traditionnelle. Le client commence à douter. Phase pourtant essentielle.
Mars : l'entraînement des modèles (≈ 2 h par visuel)
L'arrivée de solutions permettant d'entraîner des LoRA (dont une solution française) et de travailler le positionnement produit fait chuter le temps de 6 h à 2 h. On passe de 1 à 2-3 visuels par jour, avec un vrai travail sur les ombres : la granularité et la direction artistique deviennent enfin accessibles.
Avril : les modèles image franchissent un cap (≈ 1 h 30)
Les évolutions des modèles image permettent de générer des bijoux portés. Le ratio s'établit à 40 % de rendu IA / 60 % de retouche humaine, pour 1 h 30 par visuel.
Août-septembre : la bascule de l'édition générative (≈ 45 min)
L'arrivée de modèles capables non plus seulement de générer mais d'éditer (modifier un détail sans tout régénérer « du Photoshop en IA ») change la donne. Le ratio s'inverse : 80 % de pilotage IA, 20 % d'intervention humaine, pour 45 minutes par visuel, avec des rendus photoréalistes.
Novembre : le régime de croisière (≈ 30 min)
Entre l'évolution des modèles et la montée en compétence des équipes sur les process, la nouvelle campagne atteint 90 % de pilotage IA, 10 % de retouche manuelle, pour 30 minutes par visuel avec un gain qualitatif net.
Le résultat : en moins d'un an, 6 heures → 30 minutes, direction artistique respectée, effets travaillés, qualité supérieure. Avec une nuance essentielle, à la manière de Picasso : ce visuel n'a pas pris 30 minutes, il a fallu un an pour savoir le faire en 30 minutes.
Pourquoi il faut accepter d'échouer avec l'IA
C'est l'enseignement le plus fort du cas. La phase de janvier a été plus lente et plus pénible que la méthode classique. Elle était pourtant indispensable : c'est en se confrontant à de vrais projets et à de vrais échecs que les équipes montent réellement en compétence.
Le message est net : on ne passe pas d'un process humain parfaitement rodé à un process IA parfaitement rodé. Se tromper avec l'IA n'est pas un accident de parcours, c'est la condition sine qua non de la réussite ultérieure. « J'ai essayé l'IA, ce n'était pas terrible » ? Peut-être, mais vous savez désormais pourquoi, et la fois suivante sera meilleure.
À noter également : les équipes n'ont pas été remplacées. Ce sont les mêmes directeurs artistiques, ils produisent simplement davantage, autrement.
Transparence : pourquoi signaler les visuels générés par IA
Dès les premières publications, les visuels ont été signalés comme générés par IA sur le compte Instagram. La raison est réglementaire autant qu'éthique : dès lors qu'un rendu peut être perçu comme réel, il relève de la catégorie des deepfakes au sens de l'AI Act, avec une obligation de mention.
Au-delà de la conformité, c'est un choix de transparence et il fonctionne : là où plusieurs marques ont essuyé des bad buzz, aucun n'a visé cette démarche assumée.
L'étape d'après : industrialiser le workflow de production
Optimiser ne suffit plus : la logique devient répétitive, donc industrialisable. Le principe adopté par l'agence : dès qu'une action est répétée dans le temps, une équipe IA dédiée conçoit un micro-SaaS interne pour l'automatiser.
C'est la logique de l'« AI Factory » développée en interne : pour Le Manège à Bijoux, le social media manager sélectionne les bijoux, prompte, appuie sur un bouton et les inserts sont générés conformément à la direction artistique. Le même principe s'applique à d'autres contraintes de volume, comme la déclinaison de dizaines de façades de cinémas.
L'étape suivante est celle des workflows nodaux (type ComfyUI, n8n) qui enchaînent automatiquement les traitements. Exemple testé : à partir d'une simple photo prise à l'iPhone d'un produit, un workflow décline l'objet sous tous les angles, en HD, avec tous les zooms de quoi alimenter demain un site e-commerce entier. La logique est en cours d'extension aux bijoux et au social media, en particulier pour les campagnes d'acquisition, où certaines plateformes voient déjà des ads dont le rendu visuel est intégralement produit en IA.
Ce que l'IA change pour la valeur des agences (et des créatifs)
Le constat est lucide : le coût de l'exécution s'effondre. Ce qui prenait sept jours prendra dix minutes et les clients ne paieront plus le même prix pour cela. La valeur d'une agence se déplace donc vers le conseil, et s'éloigne de l'exécution pure.
Quant aux compétences créatives, elles se recomposent. La maîtrise d'un outil compte moins que la capacité à savoir ce que l'on cherche à obtenir et à connaître la stack qui permet d'y parvenir. On voit émerger des profils atypiques, moins purement « artistiques », mais capables de composer intelligemment entre les outils.
Avec une conviction ferme, cependant : il faut rester excellent sur le métier. Un artiste ayant une vraie vision artistique le restera, avec ou sans IA. Ce sont les compétences périphériques, pas le talent, qui changent de nature.
En synthèse : la technique s'abaisse exponentiellement, c'est la direction artistique et le conseil qui redeviennent le cœur de la valeur.
Questions fréquentes
Combien de temps faut-il pour produire un visuel produit avec l'IA générative ?
Chez Brainsonic, pour Le Manège à Bijoux, le temps de production est passé de 6 heures par visuel en janvier à 30 minutes en novembre, avec 90 % du rendu piloté par l'IA. Mais ce gain n'est pas immédiat : il a fallu près d'un an d'itérations, d'échecs et de montée en compétence pour l'atteindre.
Pourquoi les bijoux sont-ils difficiles à générer en IA ?
Parce qu'ils sont petits et précis. Un modèle génératif produit facilement un visuel ressemblant de loin, mais il peut ajouter un diamant ou modifier un maillage, ce qui est inacceptable pour un visuel produit. La fidélité exige un travail d'entraînement de modèles (LoRA) et de R&D.
Faut-il signaler qu'un visuel a été généré par IA ?
Oui. Dès lors qu'un rendu peut être perçu comme réel, il entre dans le champ des contenus synthétiques visés par l'AI Act, avec une obligation de mention. Au-delà de la conformité, la transparence protège la marque du bad buzz.
L'IA remplace-t-elle les créatifs en agence ?
Non, dans ce cas, ce sont les mêmes directeurs artistiques qui produisent davantage, autrement. En revanche, la valeur se déplace : l'exécution se dévalorise, le conseil et la vision artistique deviennent le cœur du métier, et les compétences évoluent vers la maîtrise d'une stack d'outils.
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