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COP 28 : un accord obtenu après des négociations intenses

13/12/2023
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COP 28 : un accord obtenu après des négociations intenses

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Lila Ricci
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Malgré les promesses de nombreux pays dans le cadre de l'Accord de Paris, les efforts pour atteindre les objectifs d'atténuation et d'adaptation sont loin d'être suffisants. L'échec à fournir l'aide financière prévue aux nations en développement aggrave la fracture entre les promesses et les actions tangibles. La question épineuse des "pertes et dommages" reste un point de discorde non résolu, accentuant les divisions au sein de la communauté internationale. Dans ce contexte, la COP28 se profilait comme une chance cruciale de transformer les engagements en actions concrètes et de forger un avenir plus résilient face aux défis climatiques croissants.

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Contexte : une urgence climatique incontestable

L'année 2023 est proclamée comme la plus chaude de l'histoire, marquée par des records de température battus pendant six mois consécutifs, selon le service européen Copernicus. En novembre, la chaleur a dépassé le record de novembre 2020 de 0,32 °C.

La température moyenne depuis janvier est la plus élevée jamais enregistrée, dépassant la moyenne de la période préindustrielle de 1850-1900. La communauté internationale est désormais très proche de dépasser la limite critique de 1,5 °C au-dessus des températures préindustrielles pour une seule année, un seuil central de l'accord de Paris de 2015.

Les Émirats arabes unis, hôtes de la COP cette année, font face à des niveaux alarmants de pollution atmosphérique liés à leur industrie des combustibles fossiles. Les négociateurs de la COP étaient donc confrontés à une pression supplémentaire pour prendre des mesures significatives. Le président de la COP28, Sultan Al Jaber, a suscité la controverse en minimisant la nécessité de renoncer aux énergies fossiles, provoquant une réaction indignée de la part des scientifiques du climat.

Des inquiétudes avaient aussi été soulevées quant à l'influence de l'industrie des énergies fossiles, avec un nombre record de lobbyistes, plus de 2 400 personnes, ayant accès à la conférence.

Leçons tirées de la COP27

La COP27 a accompli une avancée historique en établissant un flux de financement pour traiter les "pertes et préjudices" causés par les impacts graves du changement climatique. Cela a inclus la création d'un fonds dédié aux pertes et préjudices, fournissant un soutien aux pays vulnérables confrontés aux conséquences les plus graves.

Malgré des progrès en matière d'adaptation, ces derniers n'ont pas été à la hauteur des nécessités pour faire face aux impacts accélérés et graves. La décision de la COP27 a suscité des discussions sur l'Objectif mondial d'adaptation, mais l'objectif lui-même n'a pas été défini. Le Fonds d'adaptation a reçu des promesses de 230 millions de dollars, et l'Agenda d'adaptation de Sharm El-Sheikh a été lancé pour accélérer les solutions transformatrices.

Les résultats ont montré des progrès modestes dans la réduction des émissions, de nombreux pays n'ayant pas encore soumis de Contributions Déterminées au niveau National (CDN) mises à jour. Bien que le Programme de travail sur l'atténuation ait été prolongé, il existe un écart entre les plans climatiques actuels et ce qui est nécessaire pour limiter l'élévation de la température à 1,5 degré Celsius.

La COP27 a également souligné l'insuffisance de la finance climatique, les pays en développement exprimant leur insatisfaction à l'égard de l'engagement annuel de 100 milliards de dollars qui n'a pas été respecté. Une attention accrue a été accordée à la nécessité de réformer le système financier public plus large, y compris les banques multilatérales de développement, pour fournir davantage de financements climatiques.

Un accord historique, mais flou pour certains

La COP28 a abouti à un accord historique appelant à une transition loin des énergies fossiles. Annoncé par le président Sultan al Jaber, le texte mentionne pour la première fois la sortie des énergies fossiles, marquant une victoire pour l'action climatique. Il est le premier du genre, exhortant les nations à se tourner vers des sources d'énergie durables pour atténuer les pires impacts du changement climatique.

Un accord obtenu après des négociations intenses, avec plus de 100 pays plaidant explicitement pour une élimination progressive du pétrole, du gaz et du charbon. Cependant, l'Opep, dirigée par l'Arabie Saoudite, a résisté à cette mention, arguant que des réductions d'émissions significatives pouvaient être réalisées sans renoncer à certains carburants.

Il  comporte plusieurs points clés :

  • Réaffirmation de la nécessité d'une réduction profonde des émissions de gaz à effet de serre pour limiter le réchauffement climatique à +1,5 °C par rapport à l'ère pré-industrielle.
  • Appel à s'éloigner des énergies fossiles de manière juste, ordonnée et équitable, en accélérant l'action pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Souligne l'importance de la transition plutôt que d'une sortie immédiate des énergies fossiles.
  • Appel à accélérer les efforts pour réduire progressivement l'utilisation du charbon, en ligne avec les engagements antérieurs de réduction de la production d'électricité à partir du charbon.
  • Appel à tripler la capacité d'énergie renouvelable à l'échelle mondiale et à doubler le taux annuel moyen d'amélioration de l'efficacité énergétique d'ici 2030. Soutien à l'engagement volontaire de 130 pays en faveur de ces objectifs.
  • Accélération du développement des technologies à faibles émissions de carbone, notamment les énergies renouvelables, le nucléaire et les solutions de captage et de stockage du carbone. Promotion de la production d'hydrogène à faible teneur en carbone.

Bien qu'il n'emploie pas explicitement le terme "phase out", le texte invite les pays à "engager leur transition en dehors des énergies fossiles de manière juste, ordonnée et équitable". Cette formulation subtile a permis de concilier les positions divergentes des pays producteurs de pétrole et des défenseurs d'une action climatique ambitieuse.

Agnès Pannier-Runacher a salué cette avancée comme une "victoire du multilatéralisme et de la diplomatie climatique". Les réactions à l'accord étaient diverses, reflétant la complexité des perspectives mondiales sur l'action climatique. L'envoyé spécial américain pour le climat, John Kerry, a exprimé son admiration pour l'esprit de collaboration qui a rassemblé les nations, tandis que le ministre danois du Climat et de l'Énergie, Dan Jorgensen, a célébré la décision malgré la situation de son pays en tant que producteur de pétrole.

La représentante des Samoa, Anne Rasmussen, a fait entendre une voix discordante : "Nous avons fait un pas en avant par rapport au statu quo mais c'est d'un changement exponentiel dont nous avions vraiment besoin", a déclaré celle qui est aussi représentante de l'alliance des petits états insulaires (Aosis). Il est vrai que pour les petites îles, la lutte contre le réchauffement climatique est une question de survie.

Les Pays les Moins Avancés (PMA), représentés par la ministre sénégalaise du climat Madeleine Diouf, ont critiqué l'accord pour refléter l'ambition la plus basse possible plutôt que les actions nécessaires demandées par les preuves scientifiques. Selon eux, l'accord met en lumière le fossé énorme entre les besoins des pays en développement et le soutien financier disponible, exacerbant les défis posés par une crise de la dette croissante.


Whats next

La plupart considèrent cet accord comme un progrès par rapport au statu quo. L'accord appelle à une sortie progressive des combustibles fossiles de manière juste et équitable, avec pour objectif zéro émission nette d'ici 2050. 

Le défi maintenant est de traduire cet accord en politiques nationales et priorités d'investissements. Les États-Unis, en tant que plus grand producteur mondial de pétrole et de gaz, et plus gros émetteur de gaz à effet de serre, seront particulièrement surveillés. Les résultats dépendront de la volonté des pays de mettre en œuvre des actions concrètes conformes à cet accord historique.

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