CQFR : 4 tendances d'innovation urbaine vues au Smart City Expo World Congress | HUB Institute - Digital Think Tank

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Révolution des mobilités, nouveaux capteurs dans la ville, dashboards et hyperviseurs, émergence de la 5G : Ce qu'il fallait retenir en 4 tendances vues à Barcelone dans les allées du SCEWC, un événement qui donne une bonne idée des solutions technologiques, mais permet également de comprendre les visions d'élus et de responsables du monde entier.

Avec Thibault Deschamps, Nina Rolin et Léna Mélard, à Barcelone.

Pour sa 9e édition, le SCEWC (Smart City Expo World Congress) a rassemblé près de 25.000 visiteurs issus de 146 pays, une fréquentation en hausse de 15% en un an. Au programme, un salon classique qui permet d'avoir un bon panorama des solutions technologiques, des conférences organisées en 5 tracks (transformation digitale, environnement, mobilité, gouvernance et finance, inclusion et partage) où témoignent de nombreux maires et responsables de métropoles (Yokohama, Kigali, Los Angeles,Singapour...) et enfin une centaine de side events. Dans ce foisonnement, nous avons distingué 4 sujets-phare :

Tendance 1 : Mobilité toute !

Un hall complet était consacré à la mobilité.

Les véhicules traditionnels se transforment. Alstom commence par exemple à déployer Aptis, son bus dernière génération, inspiré du tramway (compact, maniable, accès PMR facilité) : le véhicule électrique concentre de nombreuses innovations, telles que la recharge électrique par le sol et la recharge lente de nuit. Fabriqué en France, Aptis doit être lancé en premier lieu à Strasbourg en fin d’année, puis Grenoble et Paris. La transformation s'étend désormais à tous les types de véhicules : outre les trottinettes, vélos, scooters, on notera ainsi la multiplication de véhicules techniques tels que camions-bennes à ordures ou camionnettes frigorifiques.

véhicules électriques au SCEWC Barcelona
Le glissement du marché de la mobilité du B2C vers le B2B amène les marques automobiles à revoir leur stratégie pour répondre à tous les besoins collectifs.

Cela va jusqu’au système de Nissan ‘Vehicle to grid’ qui permet d’inverser le circuit entre énergie de la maison et énergie de la voiture. Ce système est utilisé à Yokohama lors d’épisodes climatiques graves : les bornes de recharge s’inversent pour fournir en électricité les bâtiments lors des périodes de blackout.

Les micromobilités étaient également très présentes avec un test drive dès l’arrivée dans le hall d’exposition, et une foule de véhicules légers. Si les pure players, tels que Knot ou City Scoot, étaient bien présents, les constructeurs se positionnent aussi sur ce marché : ainsi, après avoir lancé au MWC en janvier Minimo, son véhicule léger inspirée de Tweezy, le constructeur espagnol a présenté son scooter électrique, doté d’une autonomie de 115 km. Quelques semaines auparavant, il avait lancé son modèle de trottinette électrique. La marque dispose ainsi d’une gamme variée, accessible aux particuliers comme aux gestionnaires de flottes.  

Gamme Seat

Les comportements changent. Pour aider les collectivités à mener leur transition, Geotab propose d’aider les gestionnaires de flottes à remplacer progressivement les véhicules, en commençant par ceux qui apporteront l’effet d’économie le plus important. La plateforme analyse le caractère émetteur de CO2, l’état d’usage et l’utilisation réelle de chaque voiture et calcule le ROI de son remplacement. Ce système a permis à la ville de New York d’établir des priorités pour le remplacement de sa flotte de 22000 véhicules à énergie fossiles, avec 800 voitures électriques à ce jour. Il faut noter que l’Etat de Californie a voté l’obligation pour les organisations publiques de remplacer leurs 12 000 bus urbains par une flotte électrique avant 2040. 

Mais le focus principal se portait sur le MaaS : le sujet devient concret un peu partout. Si en France le pionnier fut le "Compte mobilité" de l’agglomération de Mulhouse, la SNCF a lancé son app en juin, et la RATP a testé son app baptisée TAC à Annemasse. En Espagne, WoNDo, start-up du groupe Ferrovial, qui a lancé une app regroupant les solutions de mobilité publique et privée (covoiturage, motos et bicyclettes partagées BiciMAD, scooters électriques) totalisant 87 000 utilisateurs, a annoncé dans le cadre du salon un partenariat avec Moovit, éditeur de l’application de mobilité numéro 1 dans le monde (480 millions d'utilisateurs dans 100 pays). Les principales villes espagnoles et portugaises, Madrid, Barcelone, Valence, Séville, Bilbao, Lisbonne et Porto, seront concernées. D’ici 2020, elle testera, sur la zone spécifique de Madrid, une fonctionnalité de paiement intégré.

Encourager la Mobility as a service et faciliter l’intermodalité entre les modes de transport passe également par une simplification du paiement et du support qu’est le pass de transport.

Sur ce marché, Mastercard était très fortement présent à Barcelone avec son initiative City Possible qui réunit plus de 40 villes pour collaborer ensemble sur la vision smart du groupe. Son credo sur la mobilité : la carte de paiement doit pouvoir devenir une carte de transport universelle. L’émission et la gestion des titres de transports représente 15% des frais d’exploitation d’une carte comme Navigo, argumentent les promoteurs de cette idée. La connaissance client de Mastercard permet également de personnaliser le tarif, d’identifier par exemple que la personne qui vient d’acheter un billet est un touriste étranger, et donc d’adapter son forfait transport.

 

Tendance 2 : Des capteurs pour tous ! A chaque cas d’usage son capteur

Pour maîtriser et enrichir sa donnée, il faut la capter. Dans ce domaine, les territoires entendent jouer un rôle d’ensemblier et bénéficier des nombreuses opportunités ouvertes par le croisement de ces datas.  Les solutions se comptant par dizaines, la différence va se faire sur :

  • le mode de captation : caméra (Axis, Itreon) ou capteurs IoT (mobileye/Intel, UpCiti), en conformité bien sûr avec la RGPD, 
  • le mode de pose ou d’activation de ces capteurs : utilisation du mobilier urbain existant  (avec Citelum, Lacroix ou Schreder Hyperion), mesure par des véhicules municipaux ou des véhicules ad hoc (Mobileye)...
  • le choix entre mesure temps réel ou mesure discrétionnaire
  • le mode de traitement et de stockage (local, cloud, data center…)

Mais c’est surtout la variété des variables mesurées qui ouvre la voie à de nombreux cas d’usage : flux de voitures, de vélo, de personnes, détection de mouvements, reconnaissance faciale, qualité de l’air, températures, bruits anormaux… Les offreurs se positionnent sur des cas d’usage bien précis (par exemple Axis, qui présentait une nouvelle solution de détection d’infraction automobile), même si les technologies utilisées sont finalement peu différentes.

UpCiti

 

Tendance 3 : Faire parler les données - Analytics et hyperviseurs

La restitution des données est essentielle pour en favoriser l'usage. Elle se fait sous forme d’analytics pour se mesurer et se situer, mais aussi sous forme d’hyperviseurs, pour aider à la décision. La ville dispose ainsi d’un véritable dashboard dynamique, qui visualise tous les points de vigilance et comporte des boutons d’action. Le stand de Shanghaï  en montrait notamment un exemple.

Sur cette brique, de grands acteurs traditionnels des infrastructures se positionnent. Il s’agit de partir de sa compétence traditionnelle pour devenir ensemblier de la ville, tels que Citelum (groupe EDF) et son système Muze déployé à Dijon, Alstom et sa plateforme Mastria à Saragosse, ou Eiffage et sa solution Experticité. Chacun part de sa compétence traditionnelle avec l’ambition de la dépasser pour intégrer l'ensemble des données hétérogènes.
 

Parmi les nouveaux entrants présents sur le Salon, la startup TerraGo propose une solution de dataviz clés en main qui a pour objet de simplifier les interactions entre le centre de contrôle de la ville (ou de ses prestataires privés), les équipes opérationnelles sur le terrain, et la banque de donnée de la ville.  

Le centre de contrôle dispose ainsi d’une cartographie dynamique et simplifiée lui permettant de visualiser en temps réel la disposition et l’état de l’ensemble de ses objets connectés. Chacun d’entre eux peut faire l’objet d’un « projet » avec de multiples états d’avancement. A la manière d’une solution de task management, TerraGo permet au centre de commande d’adresser rapidement des missions (processus de maintenance ou d’installation à suivre, documentations…) à ses équipes de terrain.

A l’aide d’une app mobile, ces derniers ont tout autant accès aux données d’un appareil connecté (en scannant un QR code présent sur ce dernier) ainsi qu’à son contrôle (extinction d’une lumière connectée pour intervention par exemple). De cette manière, leurs opérations sont plus rapides, et le déploiement dans la ville est plus ergonomique et économique pour l’opérateur. Parmi ses clients, la ville de Chicago.

Autre acteur, Vianova.io se positionne comme un “processeur” des données à disposition de la ville et issues des activités des opérateurs de flottes (Uber, Lime, donc provenant majoritairement du tracking des terminaux mobiles embarqués...) Sa plateforme offre une interface de dataviz en quasi temps réel et d’une relative précision : le centre de contrôle est ainsi en mesure de déterminer quartier par quartier, voire rue par rue, la concentration de véhicules de ses différents opérateurs de mobilité et prendre des décisions stratégiques et réglementaires, basées sur une connaissance précise des usages réels dans ses rues. Vianova.io travaille notamment avec la ville de Zurich. 

 

Tendance 4 : 5 G (almost) ready

Alors que Monaco est devenue cette année le premier Etat "5G ready", les villes prennent très au sérieux le facteur d’attractivité que constitue la disponibilité de la 5G en ville. Le Conseil municipal de Barcelone a ainsi profité de l’événement pour annoncer un accord de coopération avec Huawei sur la 5G, et plus largement la Smart City.

Le constructeur italien de DOOH Voilàp (qui fournit notamment les écrans du métro parisien) a dévoilé son nouveau mobilier multiservice baptisé Smart City Gate. Il réunit autour du panneau publicitaire des unités de recharge, un dispositif de secours et notamment un défibrillateur, le WiFi urbain, mais aussi, grâce à ses deux mâts de 4 mètres, un point haut 5G, qui s’intégrera dans le paysage – car la technologie nécessite un maillage plus serré que la 4G.

Affichage Voilàp

Dans cette mise en place de la 5G, Moscou ne veut pas perdre son âme. Eldar Fayzullin, Head of Smart City Lab Moscow, a présenté la roadmap de la capitale russe en matière de réseau 5G. La ville ambitionne de faire partie du “first TEN” des villes avec un réseau fiable et fonctionnel : elle a donc d’ores et déjà lancé 4 zones pilotes lui permettant d’évaluer les offres de plusieurs partenaires technologiques à des diverses fins (vie civile, administration urbaine, industrie…). En outre, Moscou simplifie considérablement réglementations et processus administratifs (aujourd’hui 3 fois plus rapides) d’autorisations pour le déploiement d’antennes de télécommunication par les opérateurs privés.

Les antennes 5G devront impérativement s’intégrer à l’esthétique historique de la ville. C’est pourquoi la municipalité invite à la table des échanges concernant la 5G autant d’ingénieurs que de designers et d’architectes.

Ce futur réseau devrait aboutir à de nombreux projets, tels que l’établissement d’un réseau ferré sans conducteurs, permettre de décupler le potentiel de la robotique industrielle, mettre en place des services agiles de télésanté, ou encore accélérer la transmission du savoir au sein des écoles et campus universitaires

On le voit, les décideurs des territoires souhaitent garder la maîtrise de l'aménagement pour ces grands enjeux. L'intégration de la technologie dans la ville n'a pas fini de redéfinir les relations entre élus, experts, et partenaires privés en quête de nouvelles opportunités business.

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