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Comment faire face aux catastrophes ? A chaque ville, sa stratégie

Par : Xavier Biseul
7 novembre 2019
Temps de lecture : 6 min
Chapo

Des villes pionnières testent leur capacité à résister aux catastrophes naturelles ou aux attentats terroristes. Pour prévenir ces situations de crise, elles font un large appel aux nouvelles technologies. Coup d'oeil sur les initiatives menées par de Rio de Janeiro, Nice, Paris et Wellington.

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Rio de Janeiro : un centre des opérations pour coordonner les services en cas de catastrophe

Le Centre des opérations de la préfecture Rio de Janeiro (COR) constitue une bonne vision de ce que donne l'association homme-machine. 24 heures sur 24, quelque 500 agents se relaient pour suivre depuis un mur d’écrans, les prévisions météo, le trafic routier ou l'état du réseau électrique.

Un système d'alerte a été mis en place pour prévenir les coulées de boue et les glissements de terrain que subit régulièrement la baie de Rio du fait de son relief et de sa forte pluviométrie. La municipalité prévoit aussi d'équiper les maisons de Cariocas de capteurs à même de mesurer en temps réel l'intensité des précipitations, la force du vent ou d'éventuelles secousses sismiques.

 

Nice : l'IoT pour détecter les risques, l'app mobile pour informer

Pour remonter les informations du terrain, une ville résiliente fait un large recours à l'internet des objets. Si Nice est connue pour son système de vidéosurveillance, la ville côtière a aussi très tôt proposé une application mobile à ses habitants. Depuis leur smartphone, les Niçois sont alertés d'un point vigilance météo ou de la survenance d’un événement comme un risque d’inondation. Dans l'autre sens, ils peuvent signaler un désordre sur la voie publique.

 

Paris : la participation citoyenne et la cartographie 3D

À Paris, dont la devise "Fluctuat Nec Mergitur" (Il est battu par les flots, mais ne sombre pas) rappelle les dangers que la capitale a courus, la stratégie de résilience prévoit de favoriser l’acquisition par les citoyens de capteurs afin que, sur la base du volontariat, ils participent à "une cartographie dynamique et participative des risques". La ville compte aussi sur le numérique et notamment le mapping 3D pour cartographier ses sous-sols afin d'explorer différents usages possibles comme récupérer la chaleur des égouts en hiver et la fraîcheur des sous-sols en été.

 

Wellington : transformer l'habitat du citoyen en refuge 

À l'autre bout du monde, Wellington a une longue histoire de résilience avec ses tremblements de terre potentiellement destructeurs, la montée des eaux et ses vents célèbres. La capitale de la Nouvelle-Zélande a fourni à ses habitants un kit de survie incluant un container de gaz, un réservoir d'eau de 200 litres et des points de recharge électrique extérieurs.

Pour bénéficier de panneaux solaires subventionnés, les citoyens devaient accepter de signaler à dix voisins que leur maison serait un lieu de refuge en cas de coupure de courant. Une application mobile sert de plateforme à cette communauté virtuelle. Wellington a aussi fait installer des accéléromètres dans 400 bâtiments autour de la ville afin de détecter au plus tôt les tremblements de terre.

 

Comment modéliser le comportement d'une foule ?

La technologie développée par Onhys pourrait intéresser un grand nombre de villes, notamment en France à l'approche des JO de 2024 et de la coupe du monde du rugby. La startup de Sophia Antipolis modélise et simule le comportement d'une foule dans un bâtiment, un quartier ou une ville. "Notre logiciel peut jouer des centaines de scenarii différents", avance Jade Aureglia. "Par exemple, l’évacuation des piétons dans une station de métro à la suite d'une inondation, d'un incendie ou d'une alerte à la bombe."

Onhys donne vie à des agents autonomes dotés d’intelligence artificielle basée sur la reproduction du processus cognitif qui auront une tâche à accomplir comme prendre le train, acheter un journal ou sortir le plus vite possible. Ces agents virtuels peuvent percevoir et interagir avec l’environnement qui leur est soumis, comme un établissement scolaire, un stade, ou une gare.

Associée aux technologies du BIM (Building Information Modeling), la plateforme permet de tester un bâtiment ou un quartier avant que celui-ci ne soit construit ou réaménagé. "On peut ainsi repérer des défauts comme des sorties d'évacuation ou des passages piétons mal positionnés et modifier le projet en conséquence", conclut Jade Aureglia. Pour simuler les flux de personnes, Onhys se base sur des comptages et des données statistiques, son logiciel fonctionnant avec des données anonymisées.

 

Réfléchir la ville dans sa globalité

Tous les jours, l'actualité rappelle la vulnérabilité de nos villes. Feux de forêt, inondations, tremblements de terre, attentats terroristes, cyberattaques, ruptures d’approvisionnement en eau ou en électricité… les métropoles du monde entier subissent toutes sortes d'aléas, qu'ils soient naturels ou provoqués par l'homme.

Des phénomènes appelés à devenir récurrents et même à s'amplifier avec le changement climatique, l'urbanisation croissante, la pression migratoire et le renforcement des inégalités sociales.

Les chiffres publiés par l'ONU Habitat sur son site dédié donnent le tournis. Le changement climatique pourrait contraindre 143 millions de personnes à fuir leur ville, notamment en Asie du Sud et en Amérique latine. En Europe, le coût annuel des inondations pourrait atteindre 40 milliards d'euros. Soit sept fois plus qu'en 2014.

Face à ces défis économiques, géographiques ou démographiques, le principe de résilience urbaine se rapporte à l'aptitude d'une ville à maintenir la continuité de ses services de base. Dès 2009, l'ONU définissait la résilience comme "la capacité d’un système, une communauté ou une société exposée aux risques de résister, d’absorber, d’accueillir et de corriger les effets d’un danger, en temps opportun et de manière efficace, notamment par la préservation et la restauration de ses structures essentielles et de ses fonctions de base."

Pour Jade Aureglia, directrice des études chez Onhys, startup spécialisée dans la modélisation et la simulation des flux piétons, "la résilience concerne tant d'aspects qu'il est complexe pour une ville d'être résiliente dans tous les domaines". Une municipalité doit élaborer sa stratégie de résilience en menant des études prospectives. "En se basant sur les tendances actuelles et en se projetant sur plusieurs années, quel est l'aléa qui a le plus de probabilité de survenir ?" Les métropoles de Nouvelle-Zélande, du Chili, ou de la côte ouest des États-Unis, sont par exemple particulièrement confrontées aux catastrophes naturelles.

On retrouve les stratégies de cent villes résilientes comme celles de Paris, Chicago ou Kyoto sur le site de 100 Resilient Cities, un réseau initié par la Fondation Rockefeller. Cela débute généralement par la nomination d'un Chief Resilience Officer (CRO). Une fonction incarnée par Sébastien Maire pour la ville de Paris.

"Pour être résilient, il faut prévoir et réfléchir de façon systémique", poursuit Jade Aureglia. "Un problème de circulation ne doit pas être vu que sous le seul angle des flux de véhicules. Un embouteillage peut se produire pour des raisons exogènes au trafic routier. Le génie urbain doit être pensé comme un système complexe." 

C'est là que le concept de smart city fait le lien avec celui de ville résiliente. L'analyse des données urbaines permet de réfléchir la ville dans sa globalité, en tenant compte des interactions systémiques, des effets de cause à conséquence. "Par exemple, améliorer la mobilité sur un territoire aura des impacts sur le prix de l'immobilier", illustre Jade Aureglia.

Par ailleurs, les nouvelles technologies aident, selon elle, à rationaliser en évacuant le part d'émotion ou de parti pris des décisions humaines. "Pour autant, l'intelligence artificielle n'est qu'un outil d'aide à la décision, il faut y associer l'expertise humaine pour traiter l'information, tempère-t-elle. Il serait contreproductif, voire dangereux, de ne s'en remettre qu'à l'IA."

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Journaliste spécialisé